5. La syntaxe et la conjugaison

1.La syntaxe

1.1 La longueur de la phrase

A 18 mois, l’enfant connait entre 20 et 50 mots, il parle par phrase mot. Ce sont des holophrases. Par exemple: “ballon” signifie aussi bien “c’est le ballon” que “donne moi le ballon”.

Entre 21 mois et 2 ans: l’enfant fait des phrases à 2 mots. Comme “maman dodo” pour maman est entrain de dormir.

Vers 3 ans, on observe un brusque développement du langage:

  • L’enfant utilise des adverbes de lieu, des prépositions, des conjonctions qui marquent l’opposition (mais, pourtant..)
  • L’enfant connait son nom, celui de ses parents et sait s’il est de sexe féminin ou masculin.
  • Les phrases sont mieux organisées et l’enfant devient capable de dire des phrases qu’il n’a jamais entendues. Il aime poser des questions et verbalise ses actions.
  • La question du je est formée. Quand l’enfant dit je, c’est qu’il a fait le tour de sa personne. On le constate en lui demandant de dessiner un cercle fermé (un rond). Tant qu’il n’arrive pas à fermer le cercle, il n’a pas fait le tour et n’emploie pas le je.

A cet age là, parler du passé est difficile. L’utilisation de celui-ci apparaît entre 4 et 5 ans :” je me souviens de ce qu’il s’est passé..”.

Vers 5 ans, il fait des phrases à 5 mots.

1.2 L’ordre des mots dans la phrase

Chez l’enfant, la construction des phrases est créative mais porteuse de sens. Le mot le plus important vient en premier. Alors que pour l’adulte, la structuration des phrases a un caractère canonique:

Le petit garçon (agent) lance (action) le ballon (patient)


Pour l’adulte, l’ordre des groupes est régulier c’est à dire que dans une phrase simple, il y a en général : groupe nominal, groupe verbal.

Il faut bien se rendre compte que l’ordre de l’énoncé dans la phrase tel qu’on la connait a un caractère arbitraire. Il n’y a pas de correspondance entre la structure des phrases et les actions auxquelles elles se rapportent. Il s’agit de conventions d’écriture. Ainsi, il n’y a pas de logique interne ce qui rendra la chose plus difficile à comprendre pour l’enfant.

C’est pourquoi, les premières phrases que l’enfant produit n’ont pas la construction canonique que l’on connait car l’enfant cherche toujours du sens dans ses constructions, comme dans tout ce qu’il fait.
Une construction fréquente chez l’enfant : Petit garçon ballon lance

D’après Oléron, les phrases de l’enfant portent au départ sur des personnes ou/et des actions concrètes. Il décrira en premier en premier l’agent (celui qui agit) celui qui a le plus d’importance pour lui puis décrira le patient (ce sur quoi s’exerce l’action).  
Par contre, il se peut que l’action soit primordiale si c’est elle qui a le plus marqué l’enfant : a tombé le garçon.

Les régularités de la syntaxe sont intégrés vers 6 ans selon l’expérience de
Sinclair et Bronckart, 1972

Dans cette expérience il est demandé aux enfants de construire avec des poupées le mime d’une action à partir de 3 mots. Les triplets sont constitués de 2 noms et d’un verbe avec les 6 combinaisons possibles : “la fille, le garçon, pousse” ; ” la fille, pousse, le garçon” ; “pousse, la fille, le garçon”…

L’expérience montre que : 

  • Avant 3 ans : les enfants sont indifférents à l’ordre des mots, ils répondent toujours de la même manière. 
  • A partir de 3 ans : ils respectent l’ordre nom –> verbe –> nom, seulement s’il est canonique : “la fille, pousse, le garçon” ils montrent que la fille pousse le garçon,… mais, s’ils ont une phrase comme “pousse, la fille, le garçon”… ils répondent au hasard sans trouver de sens. 
  • A 6 ans, ils considèrent que le premier nom donné est toujours l’agent de l’action et le second le patient quelle que soit la phrase. L’enfant a donc intégré la structure canonique de la phrase simple. A force de manipuler la langue, l’enfant accroît sa connaissance des règles qui régissent la structure de la phrase, et il apprend l’ordre canonique des mots.

L’usage des petits mots autour du groupe nominal se développe progressivement. Les articles, pronoms, prépositions, adverbes apparaissent peu à peu mais suivent un même ordre chronologique. Les âges d’acquisition sont très approximatifs. 

Par exemple:

  • Les articles indéfinis précèdent les articles définis. 
  • L’accord en genre des articles précède l’accord en nombre. 
  • L’usage des articles définis et indéfinis est souvent inversé jusqu’à 6 ans.
  • Les pronoms personnels de la 1° et de la 2° personne précédent ceux de la 3°, sauf si l’enfant commence à dire “il” en parlant de lui-même. 
  • Les pronoms possessifs sont accolés à l’adjectif correspondant jusqu’à 5 ans (mon mien).

2. La conjugaison

A partir de 3 ans et demi, l’enfant commence à utiliser à conjugaison. Les enfants maîtrisent d’abord l’impératif (donne!) puis l’infinitif (pas manger).

Vers 4 ans, l’enfant commence à utiliser le présent de l’indicatif.

L’utilisation du futur apparaît vers 5 ans. L’imparfait et le passé-composé vont être utilisés vers l’age de 5 ans- 5 ans et demi. C’est au cours de cette période, on remarque la généralisation incorrecte de la conjugaison: buver/boire, ouvri/ouvert. .. L’enfant a intégré les caractéristiques des verbes les plus courants et il les applique à des verbes nouveaux qu’il ne connaît pas encore (irréguliers). Ces erreurs montrent qu’il a compris comment fonctionne la langue mais qu’il lui manque encore des connaissances. 

Après 6 ans, on trouve une utilisation adéquate des temps des verbes : le présent est employé pour une action actuelle, le passé-composé et l’imparfait pour une action ancienne.

3. Conclusion

C’est un travail de longue haleine que de maîtriser la conjugaison et la syntaxe. En effet, même si les progrès effectués au début sont spectaculaires, en particulier l’accroissement du lexique entre 2 et 5 ans, l’élaboration qualitative du langage est très lente.

A 5-6 ans, on peut dire que l’enfant possède déjà un panel élaboré de représentation et de communication, mais il reste des éléments difficiles à acquérir.

A 6 ans, même si la phrase simple est à peu près construite de manière canonique, il reste encore beaucoup de choses à apprendre tant sur le plan de la compréhension que de la production des structures complexes.
En particulier, la phrase passive qui entre en conflit avec cette connaissance : le sujet apparent de la phrase n’est pas l’agent de l’action. Celle-ci mais elle ne sera complètement intégrée que vers 9-10 ans.

Les propositions relatives ne sont parfaitement maîtrisées que vers l’âge de 10 ans.

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